Alaric l'immortel

Chapitre 77 — Le roi des Arvernes



Le nom de Vercingétorix se répandit dans le camp plus rapidement qu'un feu dans un champ sec.

Au début, personne ne semblait réellement inquiet.

Les légionnaires continuaient leurs routines.

Les officiers poursuivaient leurs préparatifs.

Et les vétérans accueillaient les rumeurs avec le même scepticisme que toujours.

Rome avait déjà affronté des dizaines de chefs gaulois.

Tous avaient fini de la même manière.

Vaincus.

Capturés.

Ou oubliés.

Pourquoi celui-ci serait-il différent ?

Pourtant, les rapports qui arrivaient chaque semaine racontaient une histoire bien différente.

Les tribus se ralliaient.

Les villages ouvraient leurs portes.

Les anciens ennemis concluaient des alliances.

Des peuples qui se haïssaient depuis des générations combattaient désormais côte à côte.

C'était du jamais vu.

Même les officiers les plus confiants commençaient à froncer les sourcils.

Quelqu'un était en train d'accomplir l'impossible.

Et cet homme portait un nom.

Vercingétorix.

Un matin, Alaric fut envoyé avec plusieurs éclaireurs observer une vallée située à plusieurs jours de marche du camp principal.

La mission paraissait simple.

Repérer les mouvements ennemis.

Évaluer les effectifs.

Puis revenir.

Mais lorsqu'ils atteignirent les hauteurs dominant la vallée, tous comprirent immédiatement que quelque chose avait changé.

En contrebas.

Des centaines.

Puis des milliers d'hommes.

Des guerriers venus de différentes tribus.

Des bannières variées.

Des équipements différents.

Et pourtant...

Ils manœuvraient ensemble.

Comme une seule armée.

Le spectacle impressionna même les vétérans.

— Par tous les dieux...

murmura Titus.

— Je n'ai jamais vu autant de Gaulois réunis.

Alaric resta silencieux.

Il observait les mouvements des unités.

La discipline.

L'organisation.

La logistique.

Tout cela confirmait ce qu'il savait déjà.

Vercingétorix n'était pas seulement un chef de guerre.

C'était un véritable stratège.

Durant plusieurs semaines, les affrontements se multiplièrent.

Mais les Gaulois évitaient les batailles décisives.

Ils frappaient.

Puis disparaissaient.

Attaquaient les convois.

Détruisaient les lignes de ravitaillement.

Harcelaient les éclaireurs.

Chaque victoire romaine semblait coûter davantage que la précédente.

César continuait d'avancer.

Mais l'ennemi refusait de jouer selon ses règles.

Et cela inquiétait beaucoup d'officiers.

Puis la stratégie changea.

Brutalement.

Un soir, l'unité de reconnaissance traversa une région entière réduite en cendres.

Des fermes brûlées.

Des réserves détruites.

Des puits comblés.

Des villages abandonnés.

Partout.

Le même spectacle.

La destruction.

Titus regarda les ruines avec incompréhension.

Autour d'eux, le paysage semblait avoir été dévoré par un monstre invisible.

Les champs n'étaient plus que des étendues noircies.

Les granges s'étaient effondrées sur elles-mêmes.

Des poutres calcinées dépassaient encore des cendres.

Même les arbres proches portaient les marques du feu.

L'air sentait la fumée froide et le bois brûlé.

Aucun animal.

Aucun paysan.

Aucun bruit.

Comme si toute vie avait quitté les lieux.

— Pourquoi feraient-ils ça ?

demanda Titus en observant les restes d'une ferme.

— C'était leur propre village.

Personne ne répondit immédiatement.

Les hommes regardaient les ruines en silence.

Même les vétérans semblaient troublés.

Pour beaucoup de Romains, détruire ce que l'on possédait paraissait absurde.

Puis Varro prit la parole.

— Pour nous affamer.

Le silence tomba.

Le centurion descendit de cheval et ramassa une poignée de cendres qu'il laissa s'écouler entre ses doigts.

— Regardez autour de vous.

Il désigna les champs détruits.

— Ici, nous aurions trouvé du blé.

Puis les bâtiments effondrés.

— Là, des réserves.

Des animaux.

Du fourrage.

Il marqua une pause.

— Maintenant, il ne reste rien.

Les soldats échangèrent des regards.

Varro poursuivit :

— Si nous ne trouvons rien à manger...

nous devrons transporter davantage de provisions.

Si nous transportons davantage de provisions...

nous avançons plus lentement.

Et si nous avançons plus lentement...

nous devenons vulnérables.

— Donc ils détruisent leurs propres terres pour nous ralentir ?

demanda un éclaireur.

— Exactement.

répondit Varro.

— Chaque village brûlé est une victoire pour eux.

Chaque réserve détruite est un problème supplémentaire pour nous.

Il observa les ruines quelques instants.

— Ils savent qu'ils ne peuvent pas toujours battre Rome sur un champ de bataille.

Alors ils attaquent ce qui nourrit ses armées.

Alaric écoutait en silence.

Il connaissait déjà cette stratégie.

Dans son autre vie, il l'avait étudiée dans les livres.

Mais la voir de ses propres yeux était différent.

Les pages d'un ouvrage ne transmettaient ni l'odeur de la fumée.

Ni le vide laissé derrière les habitants.

Ni le sacrifice nécessaire pour incendier sa propre maison.

Il imagina les familles quittant le village.

Les vieillards.

Les enfants.

Les paysans regardant les flammes dévorer le travail de toute une vie.

Peu d'hommes étaient capables d'ordonner une telle chose.

Et encore moins capables de convaincre leur peuple de l'accepter.

La logique était implacable.

Cruelle.

Mais brillante.

Et plus Alaric observait les traces laissées derrière eux, plus il comprenait pourquoi Vercingétorix était devenu l'adversaire le plus dangereux que César ait rencontré en Gaule.

Les semaines suivantes confirmèrent les craintes de Varro.

Les réserves diminuaient.

Les convois étaient attaqués.

Les légions devaient marcher davantage pour trouver de quoi se nourrir.

Pour la première fois depuis son arrivée en Gaule, Alaric entendit certains soldats se plaindre ouvertement.

Non pas de l'ennemi.

Mais de la guerre elle-même.

Cette campagne était différente.

Plus difficile.

Plus épuisante.

Plus intelligente.

Un soir, alors qu'il montait la garde, Titus s'approcha de lui.

— Tu sais ce qui est étrange ?

Plus j'entends parler de ce Vercingétorix...

plus j'ai l'impression que tu n'es pas surpris.

Alaric tourna légèrement la tête.

— Pourquoi serais-je surpris ?

— Je ne sais pas.

Titus haussa les épaules.

— C'est juste une impression.

Comme si tu l'attendais depuis longtemps.

Pendant quelques secondes, Alaric contempla l'obscurité.

Puis il répondit simplement :

— Disons que certains hommes laissent leur empreinte sur leur époque.

— Tu crois qu'il est de ceux-là ?

Alaric observa les étoiles.

Puis répondit :

— Oui.

Je crois qu'il en fait partie.

Quelques jours plus tard, une nouvelle mission fut confiée à l'unité.

Observer un rassemblement signalé au sud.

L'opération dura deux jours.

Puis trois.

Finalement, à l'aube du quatrième jour, ils atteignirent une crête rocheuse dominant une vaste plaine.

Et c'est là qu'Alaric le vit.

Au milieu des guerriers.

À cheval.

Entouré de ses chefs.

Un homme plus grand que la moyenne.

Portant une longue chevelure.

Une présence naturelle.

Une autorité évidente.

Même à cette distance, il attirait les regards.

Pas par la peur.

Par le respect.

Les hommes autour de lui semblaient prêts à le suivre jusqu'à la mort.

Alaric observa longuement cette silhouette.

Il connaissait déjà son destin.

Il connaissait déjà sa défaite.

Pourtant...

Il comprenait désormais pourquoi la Gaule l'avait suivi.

Pourquoi Rome avait fini par le craindre.

Et pourquoi son nom traverserait les siècles.

À ses côtés, Titus murmura :

— C'est lui ?

Alaric ne quitta pas la silhouette des yeux.

— Oui.

— Comment tu peux en être aussi certain ?

Un léger silence suivit.

Puis Alaric répondit :

— Parce que les hommes ordinaires ne changent pas le cours de l'Histoire.

Le vent souffla sur la plaine.

Au loin, Vercingétorix poursuivait son inspection.

Mais ils étaient trop loin pour distinguer clairement ses traits.

Alaric ne voyait qu'une silhouette.

Une présence.

Un chef entouré de ses guerriers.

Il aurait été incapable de reconnaître son visage au milieu d'une bataille.

Et encore moins dans le chaos d'un combat où les hommes portaient des casques, du sang et de la poussière.

Pour la première fois...

Alaric apercevait l'homme derrière la légende.

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