Chapitre 45 — Issos
L'aube se leva sur un monde silencieux.
Un silence lourd.
Étouffant.
Comme si la terre elle-même retenait son souffle.
Le camp macédonien s'éveilla avant les premières lueurs du jour.
Personne n'eut besoin de crier longtemps.
Les hommes savaient.
La bataille arrivait.
Ils le sentaient dans la manière dont les officiers traversaient les lignes.
Dans la rapidité des ordres.
Dans le regard des vétérans.
Dans le silence des recrues.
Darius était proche.
Très proche.
La veille encore, les rumeurs circulaient autour des feux.
Certains affirmaient avoir aperçu les éclaireurs perses.
D'autres juraient que l'armée du Grand Roi couvrait l'horizon d'un bout à l'autre de la plaine.
Comme toujours avant une bataille, les récits grandissaient à mesure qu'ils passaient de bouche en bouche.
Mais cette fois, même les exagérations reposaient sur une vérité inquiétante.
L'ennemi était là.
À quelques heures de marche.
Peut-être moins.
Alaric ajusta lentement les lanières de son armure.
Ses gestes étaient calmes.
Répétés des centaines de fois au fil de sa vie.
Peut-être des milliers.
Le cuir grinça légèrement sous ses doigts.
La plaque de bronze de son épaule portait encore les marques de combats précédents.
Une entaille du Granique.
Une autre, plus ancienne, dont même lui ne se souvenait plus vraiment l'origine.
Autour de lui, les soldats de son unité faisaient la même chose.
Certains priaient à voix basse.
D'autres serraient leurs armes avec trop de force.
Un vétéran vérifiait pour la dixième fois les attaches de son casque.
Un autre regardait fixement l'horizon sans sembler voir quoi que ce soit.
Les plus jeunes tentaient de paraître détendus.
Ils échouaient presque tous.
L'odeur du cuir, de la sueur et des braises froides flottait dans l'air du matin.
Personne ne parlait fort.
Même les plaisanteries habituelles avaient disparu.
La peur avait cette capacité étrange à rendre les hommes silencieux.
Ou bavards.
Aujourd'hui, elle les rendait silencieux.
Démétrios était assis à quelques pas.
Il fixait sa sarisse.
Comme si l'arme pouvait lui donner une réponse.
Comme si le long bois poli détenait un secret capable de garantir sa survie.
— Tu vas finir par la faire fondre si tu continues à la regarder comme ça.
Dit Alaric.
Le jeune homme releva la tête.
Ses yeux étaient cernés.
Il avait peu dormi.
Comme la plupart d'entre eux.
— J'essayais de lui demander de ne pas se briser aujourd'hui.
— Elle a répondu ?
— Pas encore.
— Mauvais signe.
Démétrios eut un sourire faible.
Mais il disparut vite.
Son regard retourna vers la pointe de sa lance.
— C'est vraiment aujourd'hui ?
Alaric hocha la tête.
— Oui.
— Darius ?
— Oui.
Le jeune Macédonien inspira lentement.
Sa poitrine se souleva puis retomba.
— Je préférais les villes qui se rendaient.
— Moi aussi.
Cette fois, Démétrios eut un vrai sourire.
Bref.
Mais réel.
— Tu sais ce qui est injuste ?
Demanda-t-il.
— Beaucoup de choses.
— J'espérais devenir riche avant d'affronter le roi des rois.
— Mauvaise planification.
— Exactement.
Il secoua la tête.
— Si je meurs aujourd'hui, je serai mort avec très peu d'argent.
— Une tragédie.
— Merci de comprendre.
Pendant quelques secondes, ils restèrent silencieux.
Puis Démétrios demanda plus doucement :
— Tu as peur ?
La question resta suspendue entre eux.
Alaric prit son temps avant de répondre.
— Oui.
Le jeune homme sembla surpris.
— Vraiment ?
— Les hommes qui n'ont jamais peur sont soit des menteurs, soit des idiots.
— Et Alexandre ?
Alaric réfléchit un instant.
— Alexandre est Alexandre.
Cette réponse fit rire Démétrios malgré lui.
Puis les trompettes sonnèrent.
Le son traversa le camp comme une lame.
Net.
Impossible à ignorer.
Les conversations cessèrent immédiatement.
Les hommes se levèrent.
Les rangs se formèrent.
Les officiers répétèrent les ordres.
Les porte-étendards prirent leur place.
L'armée macédonienne quitta le camp.
Lentement.
Méthodiquement.
Comme une créature immense qui s'éveille avant de se jeter sur sa proie.
Le soleil commençait à apparaître derrière les montagnes.
Sa lumière pâle glissait sur les casques et les pointes de lance.
Des milliers de reflets scintillaient à travers les colonnes en marche.
Le bruit des pas formait une rumeur continue.
Un grondement régulier.
Presque rassurant.
Chaque homme avançait entourer de ses compagnons.
Et pourtant chacun affrontait seul ce qui l'attendait.
Le terrain autour d'Issos était différent de celui du Granique.
Plus resserré.
Plus accidenté.
D'un côté, les montagnes.
Massives.
Sombres.
Leurs pentes abruptes semblaient observer les armées comme des témoins silencieux.
De l'autre, la mer.
Calme.
Indifférente.
Ses eaux bleues contrastaient étrangement avec la violence qui allait bientôt éclater.
Entre les deux, une plaine limitée où deux armées allaient bientôt s'écraser l'une contre l'autre.
Pour une armée aussi immense que celle de Darius, ce terrain était presque une prison.
Alaric le comprit rapidement.
Une grande armée avait besoin d'espace.
Besoin de s'étendre.
Besoin d'envelopper son adversaire.
Ici, les Perses ne pourraient pas utiliser pleinement leur nombre.
Les montagnes bloquaient leurs mouvements.
La mer limitait leurs manœuvres.
Le champ de bataille forçait les deux camps à se battre presque de front.
Était-ce de la chance ?
Ou Alexandre l'avait-il voulu ?
Avec lui, la frontière entre audace et calcul devenait souvent difficile à distinguer.
Alaric repensa brièvement aux récits entendus depuis le début de la campagne.
Chaque fois qu'un obstacle apparaissait, Alexandre semblait trouver un moyen de le transformer en avantage.
Parfois grâce à son intelligence.
Parfois grâce à une témérité qui aurait dû le tuer depuis longtemps.
Les Macédoniens avancèrent jusqu'à prendre position.
Les formations se déployèrent.
Les sarisses s'abaissèrent.
Les boucliers se rapprochèrent.
Les officiers circulaient entre les rangs.
Corrigeant une position.
Redressant une ligne.
Rappelant un ordre.
La discipline macédonienne se mettait en place comme les pièces d'une machine de guerre gigantesque.
Alaric se plaça dans le rang.
Le poids familier du bouclier tira légèrement sur son bras.
La hampe de sa sarisse reposait fermement dans ses mains.
Autour de lui, les hommes se rapprochèrent jusqu'à former un mur compact.
À sa droite, Démétrios respirait un peu trop vite.
Alaric entendait presque chaque inspiration.
Chaque expiration.
Le souffle de Démétrios était rapide.
Trop rapide.
Pas encore la panique.
Mais cette zone dangereuse où l'esprit commence à imaginer tout ce qui peut mal tourner.
Autour d'eux, les rangs macédoniens se mettaient en place avec une précision presque mécanique.
Les officiers passaient derrière les lignes.
Corrigeaient une position.
Redressaient une lance.
Aboyaient un ordre.
Le cliquetis des armures se mêlait au bruit sourd des milliers de pas.
Personne ne parlait fort.
Comme si élever la voix risquait de rendre la bataille plus réelle encore.
Alaric observait les hommes devant lui.
Certains fixaient l'horizon.
D'autres regardaient le sol.
Quelques-uns murmuraient des prières aux dieux.
Il avait vu ces visages des centaines de fois.
À Sparte.
En Grèce.
En Asie.
Les siècles passaient.
Les armées changeaient.
Mais les hommes restaient les mêmes avant un combat.
Ils avaient tous peur.
Même ceux qui prétendaient le contraire.
Surtout ceux-là.
— Rappelle-toi.
Dit Alaric sans tourner la tête.
— Quoi ?
— La peur n'est pas le problème.
Démétrios expira lentement.
— C'est la laisser décider.
— Bien.
— Tu vois ?
J'écoute parfois.
— Par miracle.
— Je fais des efforts.
— Ils sont visibles.
Le jeune homme secoua légèrement la tête.
Puis raffermit sa prise sur sa lance.
Ses jointures blanchirent autour du bois.
Il regarda une dernière fois les rangs macédoniens.
Comme pour s'assurer qu'ils étaient toujours là.
Comme pour vérifier qu'il n'était pas seul.
Alaric remarqua ce regard.
Il ne dit rien.
Parce qu'il comprenait parfaitement.
Avant chaque bataille, les hommes cherchaient inconsciemment des repères.
Un ami.
Un officier.
Un frère d'armes.
Quelqu'un dont la simple présence suffisait à rendre la peur supportable.
Devant eux, le sol tremblait déjà.
D'abord légèrement.
Puis de plus en plus.
Comme si une tempête approchait.
L'armée perse apparaissait.
Lentement.
Puis d'un seul coup.
Comme une marée.
Une immense vague humaine qui semblait remplir tout l'horizon.
Des lignes d'infanterie.
Des cavaliers.
Des archers.
Des bannières innombrables.
Des chars.
Des étendards colorés claquant dans le vent.
Le soleil se reflétait sur des milliers de pointes.
Des éclats de lumière parcouraient les rangs ennemis comme des éclairs.
Le spectacle était immense.
Écrasant.
Même comprimée par le terrain, l'armée de Darius semblait sans fin.
Chaque fois qu'Alaric croyait distinguer l'arrière des formations perses, il découvrait de nouvelles lignes derrière elles.
Encore des hommes.
Encore des armes.
Encore des étendards.
Le grondement de cette multitude roulait sur la plaine comme un tonnerre lointain.
Démétrios murmura :
— Tu avais dit qu'une grande armée pouvait n'être qu'une foule avec des armes.
— Oui.
— Celle-là ressemble quand même à une très grande foule.
— C'est exact.
— Tu es censé me rassurer.
— Je te prépare.
— Je déteste quand tu fais ça.
Alaric ne répondit pas immédiatement.
Son regard parcourait les lignes ennemies.
Il observait les mouvements.
Les espaces.
Les regroupements.
Les officiers.
Les cavaliers.
L'habitude.
Toujours l'habitude.
Même après toutes ces années, une partie de lui analysait automatiquement le champ de bataille.
Cherchait les faiblesses.
Les erreurs.
Les opportunités.
Puis son attention se fixa sur un point lointain.
Au centre de l'armée perse.
Là où les étendards étaient les plus nombreux.
Là où les gardes semblaient les plus serrés.
Là où brillait quelque chose qui ressemblait à un char royal.
Darius.
Même à cette distance, sa présence était évidente.
Non par son visage.
Alaric ne pouvait pas le distinguer.
Mais par tout ce qui l'entourait.
La richesse.
Les gardes.
Les symboles.
Le poids d'un empire rassemblé autour d'un seul homme.
Des bannières royales flottaient autour de lui.
Des cavaliers d'élite formaient une muraille vivante.
Chaque détail proclamait la même chose :
Voici le roi.
Voici le maître de l'Asie.
Voici l'homme devant lequel des nations entières s'inclinent.
Alaric sentit alors quelque chose d'étrange.
Pas de la peur.
Pas vraiment.
Plutôt une impression de déjà-vu.
Des décennies plus tôt, il avait observé une autre armée perse.
Une autre démonstration de puissance.
Une autre marée humaine censée être irrésistible.
Aux Thermopyles, cela lui avait semblé impossible à arrêter.
Aujourd'hui, il se trouvait dans une armée qui avançait volontairement vers elle.
Le monde avait changé.
Ou peut-être que les hommes capables de le changer étaient simplement apparus.
Le roi des rois était là.
Et Alexandre allait l'attaquer.
Cette pensée paraissait presque absurde.
Un jeune roi macédonien défiant le souverain du plus vaste empire du monde.
Pourtant personne dans les rangs macédoniens ne semblait trouver cela impossible.
Dangereux, oui.
Insensé, peut-être.
Mais impossible ?
Non.
Pas après le Granique.
Pas après tout ce qu'Alexandre avait déjà accompli.
Les deux armées restèrent quelques instants face à face.
Le temps sembla s'étirer.
Chaque seconde devenait plus lourde que la précédente.
Le vent faisait claquer les étendards.
Les chevaux piaffaient.
Quelque part, un officier cria un ordre.
Puis le silence revint.
Un silence étrange.
Fragile.
Comme la dernière respiration avant l'orage.
Chaque seconde devenait plus lourde que la précédente.
Puis les premiers projectiles partirent.
Les archers perses ouvrirent le combat.
Une pluie de flèches s'éleva dans le ciel.
Pendant un instant, elles semblèrent suspendues entre la terre et les nuages.
Des milliers de traits noirs.
Des milliers de morts potentielles.
Puis elles retombèrent.
— Boucliers !
Les Macédoniens levèrent leurs protections presque d'un seul mouvement.
Les flèches frappèrent.
TAC ! TAC ! TAC !
Le bois vibra sous les impacts.
Le métal tinta.
Des hampes se brisèrent.
Des pointes traversèrent parfois les protections les plus fragiles.
Des hommes crièrent.
Une flèche passa entre deux boucliers et se ficha dans la joue d'un soldat.
Le projectile ressortit presque derrière sa nuque.
L'homme lâcha sa sarisse.
Ses mains se portèrent instinctivement à son visage.
Puis il tomba en arrière en hurlant.
Personne ne bougea pour l'aider.
Pas maintenant.
La ligne devait tenir.
Une seconde volée arriva.
Plus dense encore.
Le ciel sembla s'assombrir.
Les soldats serrèrent les dents.
Les boucliers se rapprochèrent.
Les impacts résonnèrent comme une pluie de pierres.
Puis une troisième volée suivit.
Et une quatrième.
Les Perses cherchaient à briser les rangs avant même le contact.
À semer la peur.
À ouvrir des brèches.
Mais la phalange encaissa.
Comme elle l'avait fait tant de fois.
Comme une muraille vivante.
Puis les trompettes macédoniennes répondirent.
Leur son traversa le vacarme.
Clair.
Autoritaire.
L'ordre fut donné.
Avancer.
Les premiers rangs se mirent en mouvement.
Un pas.
Puis un autre.
Puis un autre encore.
Lentement.
Inexorablement.
Les sarisses abaissées formaient une forêt de mort.
Des centaines de pointes alignées.
Brillantes sous le soleil.
Le sol tremblait sous le poids des hommes.
Sous celui des armures.
Sous celui de la volonté collective qui poussait toute une armée vers l'avant.
Devant eux, les troupes perses avançaient aussi.
Lentement d'abord.
Puis plus vite.
Leurs cris montaient peu à peu.
Des langues différentes.
Des accents venus de tout l'empire.
Mais un même objectif.
Arrêter Alexandre.
Arrêter les Macédoniens.
Le choc approchait.
Alaric sentit son cœur ralentir étrangement.
Comme toujours.
Juste avant la mêlée, le monde semblait se réduire.
Les bruits devenaient plus nets.
Les détails plus précis.
Une goutte de sueur glissant sur la nuque de l'homme devant lui.
La poussière soulevée par les sandales.
Le grincement d'une lanière de cuir.
Le souffle court de Démétrios.
Le battement d'un étendard dans le vent.
Même l'odeur lui paraissait plus forte.
La sueur.
Le cuir.
Le métal chauffé par le soleil.
Et déjà le sang.
Puis tout explosa.
Les deux lignes se percutèrent avec une violence terrible.
Le choc fut si brutal qu'Alaric sentit ses dents s'entrechoquer.
Les sarisses frappèrent les premiers rangs perses.
Des hommes furent transpercés avant même d'atteindre les boucliers.
Certains furent soulevés du sol par la force de l'impact.
D'autres tombèrent en entraînant leurs compagnons.
Mais derrière eux, les rangs continuaient d'avancer.
Toujours.
Encore.
Les Perses se jetèrent contre la forêt de lances.
Tentant de briser les hampes.
De passer sous les pointes.
De créer une ouverture.
De survivre assez longtemps pour atteindre les Macédoniens au corps à corps.
Le bruit devint immense.
Des cris.
Du bois qui craque.
Du métal qui frappe.
Des ordres hurlés.
Des hommes qui tombent.
Des chevaux affolés quelque part sur les ailes.
Le vacarme était si puissant qu'il semblait faire vibrer l'air lui-même.
Alaric poussa avec les autres.
Son épaule contre celle de son voisin.
Ses mains crispées sur la hampe.
Toute la phalange fonctionnait comme un seul organisme.
Chaque homme dépendait des autres.
Une faiblesse individuelle pouvait devenir une catastrophe collective.
La sarisse trembla lorsqu'elle rencontra un corps.
Il sentit la résistance.
Puis la rupture.
La pointe traversa chair et os.
Un homme s'effondra devant lui.
Un autre prit sa place.
Toujours un autre.
La bataille semblait produire des ennemis sans fin.
Chaque fois qu'un visage disparaissait, un nouveau surgissait.
La phalange avançait.
Mais lentement.
Très lentement.
Chaque pas coûtait du sang.
Chaque mètre était disputé.
Les Perses étaient plus nombreux.
Beaucoup plus nombreux.
Et ils poussaient avec une violence désespérée.
— Tenez !
Hurla un officier.
— Gardez la ligne !
Les soldats répondirent par un rugissement collectif.
Un Perse parvint à passer sous les premières pointes.
Puis un second.
Puis un troisième.
La ligne commença à devenir chaotique.
Les longues sarisses perdaient leur avantage lorsque l'ennemi arrivait trop près.
Un guerrier surgit presque contre les boucliers.
Trop près pour la lance.
Trop près pour réfléchir.
Alaric lâcha une main.
Tira son épée courte.
Et frappa.
La lame entra sous les côtes.
L'homme s'effondra.
Mais cette brève rupture faillit lui coûter cher.
Une autre lame passa près de son ventre.
Si près qu'il sentit le souffle du métal contre son armure.
Il pivota juste assez pour l'éviter.
Puis repoussa l'assaillant d'un coup de bouclier.
Le Perse trébucha.
Une sarisse venue de derrière le transperça immédiatement.
À sa droite, Démétrios tenait son rang.
Mieux qu'au Granique.
Beaucoup mieux.
Son visage était crispé.
Ses mâchoires serrées.
Mais ses mouvements étaient plus précis.
Plus disciplinés.
La peur était toujours là.
Alaric la voyait dans ses yeux.
Mais elle ne décidait plus.
Le jeune homme combattait malgré elle.
Et c'était cela, le courage.
Pas l'absence de peur.
La capacité à avancer avec elle.
— Bien !
cria Alaric.
— Je sais !
Répondit Démétrios.
— Ne prends pas confiance !
— Trop tard !
Même au cœur de la bataille, le jeune homme trouvait encore le moyen de répondre.
Alaric aurait presque ri.
Puis une poussée plus violente traversa les rangs.
Comme une vague frappant une falaise.
Les Perses tentaient de briser le centre.
Les hommes vacillèrent.
Des boucliers se heurtèrent.
Des soldats reculèrent d'un demi-pas.
Puis d'un autre.
Un soldat derrière Alaric trébucha.
Un espace s'ouvrit.
Très petit.
Mais suffisant.
Un guerrier perse s'y engouffra immédiatement.
Rapide.
Expérimenté.
Sa lame frappa l'épaule d'Alaric.
La douleur fut vive.
Brutale.
Le choc traversa tout son bras.
Le sang coula sous son armure.
Alaric serra les dents.
Riposta immédiatement.
Son épée entra sous la gorge de l'homme.
Le corps s'effondra contre lui.
Il le repoussa du pied.
La blessure à son épaule commençait déjà à chauffer.
À guérir bein Trop vite.
Comme toujours.
Cette sensation étrange qu'il connaissait depuis plus d’un siècles.
La chair qui se refermait.
Le sang qui cessait de couler.
Le corps refusant la mort encore une fois.
Il recula légèrement pour que personne ne le remarque.
Mais Démétrios tourna la tête.
Une seconde seulement.
Ses yeux descendirent vers l'épaule d'Alaric.
Puis vers son visage.
Alaric sentit son estomac se serrer.
— Devant toi !
Hurla-t-il.
Démétrios réagit juste à temps.
Une lance perse frappa son bouclier avec violence.
Le choc le fit reculer.
Mais il tint bon.
Le jeune homme reporta son attention sur le combat.
Alaric ne sut pas s'il avait vu.
Pas vraiment.
Du moins, il l'espérait.
Car certaines questions étaient difficiles à expliquer.
Même après des années.
Même à un ami.
Sur l'aile droite, un rugissement s'éleva.
D'abord lointain.
Puis de plus en plus fort.
Comme une tempête approchant.
Alexandre chargeait.
Encore et Toujours.
Comme au Granique.
Avec les Compagnons.
Mais cette fois, son objectif était clair.
Le centre perse.
Darius.
La cavalerie macédonienne frappa comme un éclair.
Les cavaliers abaissèrent leurs lances.
Les chevaux accélérèrent.
Puis l'impact secoua tout la ligne ennemie.
Les Perses tentèrent de contenir l'assaut.
Le choc fut terrible.
Même depuis la phalange, Alaric sentit la pression changer.
Quelque chose se produisait au centre.
Quelque chose d'important.
Les ennemis devant lui hésitèrent.
Certains tournèrent la tête vers le cœur de la bataille.
Une erreur mortelle.
La phalange avança.
Un pas.
Puis un autre.
Les sarisses frappèrent.
Leur boucliers poussèrent.
Les hommes crièrent.
Les officiers hurlèrent d'avancer encore.
La ligne perse commença à se fissurer.
Pas partout.
Mais les premiers signes étaient là.
Des espaces apparaissaient.
Des groupes reculaient.
Des soldats regardaient derrière eux.
Cherchant des ordres de leur roi.
Quelque chose venait de changer.
Quelque chose de profond.
Alexandre fonçait vers Darius.
Et toute l'armée le sentait.
