Chapitre 35 — L'adieu à Sparte
Cette nuit-là, il dormit peu.
Comme souvent.
Assis sur les remparts, il regarda Sparte.
Les maisons.
Les rues.
Les feux qui brillaient dans l'obscurité.
Pendant plus de vingt ans, cette cité avait été son monde.
Son foyer, Sa famille.
Il y avait appris à parler grec.
À combattre.
À survivre.
Il y avait rencontré Nikandros.
Le vétéran.
Tous ceux qui avaient donné un sens à cette nouvelle vie.
Et maintenant...
Il allait devoir partir.
La décision était prise.
Il le savait.
Elle l'était depuis longtemps.
Il refusait simplement de l'accepter.
Les semaines suivantes ne firent que confirmer cette certitude.
Les regards devenaient plus insistants.
Les questions plus nombreuses.
Certaines rumeurs commençaient même à circuler.
Quelques-uns murmuraient que les dieux le protégeaient.
D'autres prétendaient qu'il pratiquait une forme de magie étrangère.
Rien de dangereux.
Pas encore.
Mais Alaric comprenait où cela pouvait mener.
Il avait vu suffisamment d'hommes craindre ce qu'ils ne comprenaient pas.
Alors il commença à préparer son départ.
Discrètement.
Sans attirer l'attention.
Il vendit quelques biens.
En conserva d'autres.
Rassembla son équipement.
Une lance.
Une épée.
Son vieux bouclier spartiate.
Celui qui avait survécu aux Thermopyles.
Les semaines passèrent.
Puis vint le matin.
Un matin comme les autres.
Le ciel était clair.
Le vent léger.
Les rues encore calmes.
Sparte dormait.
Alaric traversa la ville une dernière fois.
Seul.
Comme lorsqu'il était revenu des Thermopyles.
Il passa devant les terrains d'entraînement.
Les temples.
Les maisons.
Chaque pierre réveillait un souvenir.
Ici, Nikandros avait gagné un combat.
Là, ils s'étaient disputés pendant une heure pour une raison oubliée depuis longtemps.
Plus loin, le vétéran l'avait forcé à répéter un mouvement jusqu'à l'épuisement.
Les souvenirs étaient partout.
Trop nombreux.
À mesure qu'il avançait, son cœur devenait plus lourd.
Parce qu'il comprenait enfin quelque chose.
Quitter Sparte lui faisait presque aussi mal que perdre Nikandros.
Car une seconde fois, il perdait sa famille.
Une seconde fois, il perdait son foyer.
Lorsqu'il atteignit les portes de la cité, le soleil commençait à apparaître à l'horizon.
La lumière baignait les collines d'or.
Alaric s'arrêta.
Puis se retourna.
Une dernière fois.
Sparte était là.
Magnifique.
Immobile.
Comme lorsqu'il l'avait découverte des décennies plus tôt.
Pendant quelques instants, il resta simplement à regarder.
En silence.
Puis il murmura :
— Merci.
Personne ne l'entendit.
Le vent emporta les mots.
Comme il avait emporté ceux adressés au vétéran.
Comme il avait emporté ceux adressés à Nikandros.
Puis Alaric remit son sac sur son épaule.
Et se remit en marche.
Sans regarder derrière lui.
Parce qu'il savait que s'il le faisait une seconde fois...
Il risquait de ne jamais partir.
Devant lui s'étendait désormais tout un monde.
Athènes.
Les autres cités grecques.
Les royaumes inconnus.
Les siècles à venir.
Pour la première fois depuis son arrivée dans l'Antiquité, Alaric ne marchait plus comme un Spartiate.
Il marchait comme un homme sans foyer.
Comme un homme condamné à continuer.
Comme un immortel.
Et tandis que Sparte disparaissait lentement derrière les collines, une nouvelle vie commençait.
La première d'une très longue série.
