Alaric l'immortel

Chapitre 28 — Le premier choc



Le soleil venait à peine de dépasser les montagnes lorsque les premières lignes perses s'arrêtèrent.

Une lumière dorée baignait les falaises des Thermopyles. Les rochers semblaient presque paisibles sous les rayons du matin. Pourtant, cette tranquillité n'était qu'une illusion.

Un silence étrange tomba sur le champ de bataille.

Un silence irréel.

Comme si le monde retenait son souffle.

Comme si la terre elle-même attendait ce qui allait suivre.

D'un côté se trouvait l'immense armée de Xerxès.

Des milliers d'hommes.

Des milliers de boucliers.

Des milliers de lances.

Des archers venus des confins de l'empire.

Des cavaliers.

Des guerriers de peuples qu'Alaric ne connaissait même pas.

Une mer humaine qui semblait s'étendre jusqu'à l'horizon.

Les bannières colorées flottaient au-dessus des rangs comme une forêt mouvante.

Même à cette distance, il était impossible d'en distinguer la fin.

De l'autre...

Les Grecs.

Quelques milliers seulement.

Une poignée d'hommes face à un empire.

Le contraste était presque absurde.

Pourtant, aucun Spartiate ne semblait impressionné.

Alaric serra davantage la poignée de son bouclier.

Le cuir grinça sous ses doigts.

La sueur coulait déjà dans son dos malgré la fraîcheur du matin.

Son cœur battait vite.

Beaucoup trop vite.

Il avait connu des combats.

Il avait participé à des entraînements brutaux.

Mais rien ne ressemblait à cela.

Rien.

Autour de lui, les Spartiates restaient immobiles.

Calmes.

Silencieux.

Comme si rien d'extraordinaire ne se produisait.

Comme s'ils ne faisaient pas face à la plus grande armée de leur époque.

Nikandros se tenait à sa droite.

Le vétéran à sa gauche.

Les deux regardaient droit devant eux.

Sans détourner les yeux.

Sans montrer la moindre hésitation.

Alaric observa brièvement Nikandros.

Son ami semblait presque détendu.

Comme s'il attendait simplement le début d'un exercice.

Le vétéran, lui, affichait son éternelle expression sévère.

Ses mains reposaient sur sa lance avec une assurance tranquille.

Cette simple vision calma légèrement Alaric.

S'ils n'avaient pas peur...

Alors lui non plus ne devait pas avoir peur.

Puis les tambours perses résonnèrent.

Une fois.

Puis deux.

Puis dix.

Puis cent.

Le son roula à travers la plaine comme un tonnerre lointain.

Le sol sembla vibrer sous les battements.

Les oiseaux qui n'avaient pas encore fui s'envolèrent brusquement des falaises.

Et soudain...

L'armée perse se mit en mouvement.

Des milliers d'hommes avancèrent.

En même temps.

Comme une vague géante.

Comme un raz-de-marée.

Le bruit était assourdissant.

Le cliquetis des armures.

Le martèlement des pas.

Les cris des officiers.

Les bannières claquant dans le vent.

Tout se mélangeait.

Tout grandissait.

Toujours plus fort.

Toujours plus près.

Jusqu'à remplir le monde entier.

Alaric sentit son estomac se nouer.

La masse ennemie avançait avec une telle ampleur qu'elle semblait impossible à arrêter.

Pour la première fois depuis son arrivée dans cette époque, il comprit réellement pourquoi tant de peuples s'étaient soumis à Xerxès sans combattre.

Face à une telle puissance...

La résistance paraissait insensée.

— Boucliers !

hurla un officier spartiate.

Les hoplites levèrent leurs grands boucliers ronds.

Le bois renforcé de bronze s'emboîta.

Une muraille naquit.

Solide.

Implacable.

Le bruit des boucliers qui se verrouillaient les uns contre les autres résonna comme celui d'une porte géante se refermant.

— Tenez la ligne !

Cette fois, c'était Léonidas lui-même.

Sa voix porta au-dessus du vacarme.

Les hommes resserrèrent leurs rangs.

Épaule contre épaule.

Bouclier contre bouclier.

Comme ils l'avaient fait des milliers de fois à l'entraînement.

Sauf qu'aujourd'hui...

Personne ne retenait ses coups.

Aujourd'hui, chaque erreur signifiait la mort.

Les Perses arrivèrent.

Le premier choc fut assourdissant.

Le mur grec percuta la ligne ennemie avec une violence telle qu'Alaric sentit ses dents s'entrechoquer.

Ses bras furent secoués jusqu'aux épaules.

Son bouclier vibra sous l'impact.

Le bruit ressemblait à celui d'un orage.

Un orage de métal.

Un cri éclata sur sa gauche.

Puis un autre.

Puis cent autres.

Le monde entier sembla exploser.

Une lance perse surgit soudain devant lui.

Alaric pivota instinctivement.

La pointe effleura sa joue.

Il sentit le souffle du métal contre sa peau.

Sans réfléchir.

Il frappa.

Sa propre lance traversa la gorge de son adversaire.

Le Perse s'effondra.

Le sang jaillit.

Chaud.

Épais.

Mais déjà un autre homme prenait sa place.

Puis un autre.

Puis encore un autre.

Il n'y avait pas d'espace.

Pas de répit.

Pas de pause.

Seulement des ennemis.

Toujours plus d'ennemis.

Une épée heurta son bouclier.

Une seconde suivit immédiatement.

Puis une troisième.

Les coups résonnaient dans tout son bras.

Chaque impact lui engourdissait davantage les doigts.

La phalange spartiate avançait lentement.

Très lentement.

Comme une seule créature.

Lorsqu'un homme poussait, tous poussaient.

Lorsqu'un homme frappait, tous frappaient.

Le bronze grinçait.

Le bois craquait.

Les Perses semblaient se briser contre eux comme des vagues contre une falaise.

Alaric sentit soudain la poussée collective.

Toute la ligne grecque avança d'un pas.

Puis d'un autre.

Les Perses reculèrent.

Malgré leur nombre.

Malgré leur courage.

Ils reculaient.

Parce qu'ils affrontaient quelque chose de plus fort qu'une simple armée.

Ils affrontaient une machine de guerre parfaitement entraînée.

À droite d'Alaric, Nikandros enfonça sa lance dans la poitrine d'un ennemi.

Puis dans celle d'un second.

Puis d'un troisième.

Son visage était couvert de sueur et de poussière.

Mais son regard restait concentré.

Froid.

Terriblement froid.

Chaque mouvement était précis.

Rapide.

Économique.

Il ne gaspillait aucune énergie.

À gauche, le vétéran combattait avec une efficacité presque effrayante.

Chaque mouvement semblait calculé.

Chaque coup trouvait sa cible.

Comme s'il avait déjà vécu ce moment des centaines de fois.

Peut-être était-ce le cas.

Un Perse tenta de contourner son bouclier.

Le vieil homme lui fracassa le visage avec le rebord de bronze avant même qu'il puisse terminer son mouvement.

L'homme s'écroula immédiatement.

Le vétéran était déjà en train d'attaquer un autre adversaire.

Puis une douleur fulgurante traversa la jambe d'Alaric.

Une flèche.

Une flèche venait de traverser sa cuisse.

La douleur fut atroce.

Brutale.

Écrasante.

Ses jambes cédèrent.

Il tomba à genoux.

Le monde vacilla.

Pendant une seconde, il crut perdre connaissance.

Sa vision se brouilla.

Le goût du sang envahit sa bouche.

Autour de lui, la bataille continuait.

Les cris.

Le sang.

Le métal.

Personne n'avait remarqué sa chute.

Personne n'avait le temps.

Un autre guerrier aurait quitté la ligne.

Un autre guerrier aurait été évacué.

Pas lui.

Les dents serrées.

Le souffle court.

Alaric arracha la flèche.

La douleur lui arracha un grognement.

Une douleur si intense qu'il eut l'impression que sa jambe brûlait.

Puis il se releva.

Immédiatement.

Comme si rien ne s'était passé.

Nikandros lui lança un regard rapide.

— Debout !

— Je suis debout !

hurla Alaric.

Puis il replongea dans la mêlée.

Les minutes passèrent.

Ou peut-être les heures.

Il ne savait plus.

Le temps n'avait plus aucun sens.

Seulement le combat.

Frapper.

Bloquer.

Pousser.

Respirer.

Survivre.

Encore.

Encore.

Encore.

Une lance se brisa contre son bouclier.

Il abandonna la sienne lorsqu'elle resta coincée dans un cadavre.

Il dégaina son épée.

Le bronze étincela brièvement.

Puis il frappa.

Une fois.

Deux fois.

Trois fois.

Chaque mouvement semblait appartenir à quelqu'un d'autre.

Son corps agissait seul.

Guidé par des années d'entraînement.

Puis il remarqua quelque chose.

Sa blessure.

La douleur diminuait.

Rapidement.

Beaucoup trop rapidement.

Le sang avait presque cessé de couler.

La chair commençait déjà à se refermer.

Comme toujours.

Comme depuis son arrivée dans ce monde.

Son immortalité agissait.

Encore.

Silencieusement.

Personne ne semblait l'avoir remarqué.

Heureusement.

Un cri retentit.

Les Perses reculaient.

D'abord quelques-uns.

Puis davantage.

Puis toute la première ligne.

L'attaque venait de se briser.

Les Grecs restèrent en formation.

Immobiles.

Prêts.

Attendant une nouvelle vague.

Alaric respirait difficilement.

Ses bras tremblaient sous l'effort.

Sa gorge brûlait.

Son armure était couverte de poussière et de sang.

Autour de lui, plusieurs corps perses jonchaient le sol.

Beaucoup trop de corps.

L'odeur était insoutenable.

Le sang.

La sueur.

La terre retournée.

La mort.

Pourtant, au loin...

L'armée de Xerxès semblait toujours infinie.

Comme si les morts ne changeaient rien.

Comme si l'océan lui-même perdait quelques gouttes d'eau.

Puis Nikandros éclata d'un rire nerveux.

Un rire presque incrédule.

— Nous sommes encore vivants.

Le vétéran essuya le sang sur sa lance.

— Pour l'instant.

Alaric regarda l'horizon.

Derrière les premières lignes perses...

Des milliers d'autres attendaient encore.

Des rangs entiers qui n'avaient même pas encore combattu.

Le premier assaut venait d'échouer.

Mais la journée ne faisait que commencer.

Et au fond de lui, Alaric savait déjà une chose.

Les Perses reviendraient.

Encore.

Et encore.

Et encore.

Jusqu'à ce que l'un des deux camps cesse d'exister.

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