Alaric l'immortel

Chapitre 27 — Le Roi des Rois



L'armée perse arriva deux jours plus tard.

Pendant ces deux jours, les Grecs continuèrent leurs préparatifs avec une intensité croissante. Les anciennes murailles furent consolidées pierre après pierre. Des équipes se relayèrent pour dégager certaines portions du passage et renforcer les points les plus vulnérables. Les réserves de nourriture furent réparties avec soin, les positions attribuées à chaque contingent et les officiers passèrent de longues heures à étudier le terrain.

Pourtant, malgré toute cette activité, chacun gardait régulièrement les yeux tournés vers le nord.

La poussière se rapprochait.

Jour après jour.

Inlassablement.

Chaque matin, les éclaireurs revenaient avec les mêmes nouvelles.

Les Perses avançaient.

Toujours plus près.

Toujours plus nombreux.

Au début, certains soldats plaisantaient encore autour des feux. Mais à mesure que les rapports s'accumulaient, les conversations devinrent plus rares. Même les hommes les plus confiants semblaient mesurer le poids de ce qui approchait.

Puis, finalement, les Perses apparurent.

D'abord quelques éclaireurs à cheval.

Ensuite des colonnes de soldats.

Puis davantage encore.

À mesure que les heures passaient, la plaine semblait disparaître sous les couleurs de l'Empire perse.

Des bannières inconnues flottaient au vent. Certaines représentaient des peuples venus des confins de l'empire. D'autres portaient les symboles des satrapies perses. Les langues qui résonnaient dans le camp ennemi étaient innombrables.

Des tentes furent dressées par centaines.

Puis par milliers.

Des cavaliers circulaient entre les différentes unités. Des chariots arrivaient sans cesse. Des serviteurs transportaient du matériel. Des troupeaux entiers étaient conduits vers l'arrière du camp pour nourrir cette immense armée.

L'armée perse ressemblait moins à une armée qu'à une ville entière en mouvement.

Une ville capable de marcher.

Une ville capable de conquérir des royaumes.

Même les vétérans observaient la scène en silence.

Les Grecs avaient entendu les rumeurs pendant des mois. Ils avaient entendu parler des effectifs de Xerxès, des peuples venus de tout l'empire et de l'immensité de ses ressources.

Mais voir cette armée de ses propres yeux était une expérience différente.

Beaucoup plus différente.

Alaric se tenait sur les anciennes murailles avec Nikandros.

Tous deux observaient l'horizon.

Pendant plusieurs minutes, aucun des deux ne trouva quoi dire.

Le spectacle était trop immense.

Trop écrasant.

— Je crois que les rumeurs étaient optimistes, finit par murmurer le Spartiate.

Alaric ne répondit pas.

Parce qu'il pensait exactement la même chose.

Même lui, qui connaissait déjà l'Histoire, peinait à accepter ce qu'il voyait. Les livres n'avaient jamais réussi à transmettre cette sensation d'écrasement. Cette impression que l'ennemi pouvait recouvrir le monde entier.

Dans son ancienne vie, il avait vu des images, des cartes, des documentaires. Il connaissait les débats sur le nombre réel de soldats présents.

Mais aucune estimation ne préparait à cette vision.

Face à lui s'étendait une masse humaine qui semblait sans fin.

Une armée si vaste qu'elle paraissait appartenir à une autre échelle que celle des hommes ordinaires.

Plus loin, Léonidas observait lui aussi l'armée perse avec plusieurs officiers.

Comme toujours, le roi paraissait calme.

Pas détendu.

Pas confiant.

Simplement calme.

Il étudiait le problème qui se présentait devant lui comme un artisan examine son ouvrage.

Cette attitude impressionnait de plus en plus Alaric.

Face à une armée aussi immense, beaucoup d'hommes auraient montré leur inquiétude.

Léonidas, lui, continuait simplement à réfléchir.

Il échangeait quelques mots avec ses officiers, désignait certaines positions du terrain, observait les mouvements ennemis puis reprenait son analyse.

Comme si la taille de l'armée perse n'avait aucune importance.

Comme si seule comptait la manière de l'affronter.

Le lendemain matin, un cavalier perse s'avança seul vers les positions grecques.

Son cheval était magnifique.

Grand.

Puissant.

Sa robe brillait sous le soleil.

Ses vêtements indiquaient immédiatement son rang élevé.

Les tissus étaient riches. Les broderies raffinées. Même sa posture respirait l'assurance de quelqu'un habitué à représenter le pouvoir.

Il ne portait aucune arme visible.

Les Grecs le laissèrent approcher.

Plusieurs officiers sortirent à sa rencontre.

Léonidas également.

La discussion dura quelques minutes.

Trop loin pour être entendue.

Mais suffisamment proche pour que tous comprennent sa nature.

L'émissaire parlait avec assurance.

Comme un homme convaincu que sa proposition serait acceptée.

Léonidas l'écoutait sans l'interrompre.

Puis répondit brièvement.

Très brièvement.

Lorsque l'émissaire repartit, le camp entier se mit immédiatement à spéculer.

Les rumeurs circulèrent à une vitesse impressionnante.

Selon certains, Xerxès proposait la paix.

Selon d'autres, il promettait des richesses.

Certains prétendaient même que plusieurs cités grecques avaient déjà accepté de se soumettre.

Comme souvent, personne ne savait réellement ce qui avait été dit.

Nikandros secoua la tête.

— Il ne comprend pas Sparte.

— Non, répondit le vétéran.

Le vieil homme regarda les feux perses qui s'étendaient à l'horizon.

— Il ne comprend pas les Grecs.

Dans l'après-midi, la vérité finit par être connue.

Les Perses avaient demandé aux Grecs de déposer les armes.

Léonidas avait refusé.

Simplement.

Définitivement.

La réponse se répandit dans le camp comme une traînée de poudre.

Certains soldats sourirent.

D'autres hochèrent simplement la tête.

Personne ne semblait surpris.

À partir de cet instant, plus personne n'avait le moindre doute.

La bataille était inévitable.

Cette nuit-là, l'horizon brilla d'innombrables feux.

Des milliers.

Peut-être davantage.

On aurait dit qu'une seconde voûte étoilée s'était posée sur la terre.

Alaric resta longtemps à les observer.

Le vent marin apportait parfois des sons venus du camp perse.

Des voix.

Des chants.

Des ordres.

Des bruits de vie.

Chaque feu représentait des hommes.

Des soldats.

Des familles laissées derrière eux.

Des rêves.

Des peurs.

Tout comme dans le camp grec.

Bientôt, ces hommes allaient tenter de s'entretuer.

La pensée lui serra brièvement le cœur.

Nikandros vint s'asseoir à côté de lui.

Pendant plusieurs minutes, aucun des deux ne parla.

Ils regardèrent simplement les lumières perses danser dans la nuit.

Puis le Spartiate finit par rompre le silence.

— Quand j'étais enfant, je pensais que les ennemis étaient différents de nous.

— Différents comment ?

Nikandros réfléchit quelques instants.

— Je ne sais pas. Plus cruels. Plus sauvages.

Il désigna les milliers de feux au loin.

— Mais là-bas, ce sont simplement des hommes.

Alaric resta silencieux.

Parce que c'était probablement l'une des réflexions les plus justes qu'il ait jamais entendues de sa part.

— Oui, finit-il par répondre.

Ce sont des hommes.

Nikandros hocha lentement la tête.

— Ce qui rend les choses plus compliquées.

Le lendemain, avant même le lever du soleil, le camp grec fut réveillé.

Des mouvements inhabituels avaient été observés chez les Perses.

Les sentinelles avaient aperçu des unités se mettre en marche dans l'obscurité.

Des formations se constituaient.

Des officiers circulaient.

Quelque chose se préparait.

Les soldats récupérèrent leurs équipements.

Les boucliers furent distribués.

Les lances vérifiées.

Les armures ajustées.

Partout dans le camp, le métal résonnait doucement.

Personne ne parlait beaucoup.

Il n'y avait plus grand-chose à dire.

Tout avait déjà été décidé.

Alaric fixa quelques instants son bouclier.

Le poids lui était familier.

Presque rassurant.

Il passa sa main sur le bois renforcé de bronze.

Combien d'heures avait-il passé à s'entraîner avec cet équipement ?

Combien de fois avait-il imaginé ce moment ?

À sa droite, Nikandros faisait les mêmes gestes.

Plus loin, le vétéran inspectait sa lance avec la minutie d'un homme qui avait survécu à trop de batailles pour négliger les détails.

Puis un ordre résonna.

Les lignes grecques commencèrent à se former.

Bouclier contre bouclier.

Épaule contre épaule.

Une muraille de bronze et de bois.

Les différentes cités prirent leurs positions.

Les Spartiates occupaient le cœur du dispositif.

Autour d'eux, les autres Grecs se préparaient à tenir.

Devant eux s'étendait le défilé des Thermopyles.

Au-delà se trouvait l'armée la plus puissante du monde.

Le soleil commençait lentement à apparaître derrière les montagnes.

Ses premiers rayons illuminèrent les casques, les armures et les pointes de lances.

Puis, au loin, les premières lignes perses avancèrent.

Lentement.

Régulièrement.

Comme une marée impossible à arrêter.

Les tambours résonnaient.

Les bannières flottaient.

Les rangs ennemis progressaient avec une discipline impressionnante.

Autour d'Alaric, personne ne recula.

Personne ne bougea.

Les Grecs restaient immobiles.

Ils attendaient.

Et tandis que les Perses se rapprochaient, Alaric sentit son cœur accélérer.

Après toutes ces années.

Après Sparte.

Après l'entraînement.

Après le voyage.

Le moment était enfin arrivé.

La bataille des Thermopyles commençait.

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