Alaric l'immortel

Chapitre 26 — Les Portes Chaudes



Les jours suivants furent consacrés à la marche.

Léonidas avait donné l'ordre.

Les hommes avançaient.

Et rien ne pouvait plus arrêter leur progression.

La colonne spartiate remontait lentement vers le nord.

À chaque lever du soleil.

À chaque coucher.

À chaque étape.

Les Thermopyles se rapprochaient.

Au début, le voyage ressemblait aux précédents.

Des routes poussiéreuses.

Des collines.

Des villages.

Des terres agricoles.

Mais plus ils avançaient...

Plus quelque chose changeait.

La guerre était partout.

Les paysans observaient les soldats passer.

Les marchands parlaient des Perses.

Les voyageurs échangeaient des rumeurs.

Même les enfants semblaient connaître le nom de Xerxès.

Alaric remarquait tout.

Les regards.

Les inquiétudes.

Les silences.

Pour la première fois depuis son arrivée dans l'Antiquité, il avait l'impression de voir un monde entier retenir son souffle.

Un soir, alors que les hommes installaient le camp près d'une rivière, Nikandros s'assit à côté de lui.

Le Spartiate observait le courant.

Silencieux.

— Tu réfléchis encore.

dit-il finalement.

Alaric leva les yeux.

— Tu avais promis d'arrêter cette phrase.

— Je n'ai rien promis.

— Dommage.

Nikandros eut un léger sourire.

Puis son regard retourna vers la rivière.

— Tu sais...

Je pensais que ce voyage serait différent.

— Comment ça ?

— Plus glorieux.

Cette réponse surprit Alaric.

— Glorieux ?

Nikandros haussa les épaules.

— Quand on est enfant, on imagine les grandes campagnes autrement.

On pense aux batailles.

Aux victoires.

Aux chants.

Il regarda les hommes qui préparaient le repas.

— On pense moins à la poussière.

Aux pieds douloureux.

Aux nuits froides.

Alaric laissa échapper un léger rire.

— Bienvenue dans la réalité.

— Elle manque cruellement d'héroïsme.

— C'est souvent le cas.

Pendant quelques secondes, ils restèrent silencieux.

Puis Nikandros reprit :

— Tu crois que nous serons à la hauteur ?

La question était inattendue.

Peut-être parce qu'elle était sincère.

Alaric réfléchit.

— Oui.

— Tu réponds vite.

— Parce que je te connais.

Nikandros détourna légèrement les yeux.

Comme gêné par le compliment.

— Et toi ?

Demanda-t-il.

— Moi quoi ?

— Tu seras à la hauteur ?

Cette fois, Alaric resta silencieux.

Parce que la question était plus compliquée.

Bien plus compliquée.

Il ne craignait pas le combat.

Depuis des années, Sparte l'avait transformé.

Mais les Thermopyles...

Les Thermopyles étaient autre chose.

— Je l'espère.

Répondit-il finalement.

Nikandros hocha la tête.

Il comprit que c'était la seule réponse qu'Alaric pouvait donner.

Les jours passèrent.

Peu à peu, d'autres contingents grecs rejoignirent la colonne.

Des hommes venus de petites cités.

Des hoplites venus défendre leur terre.

Certains admiraient les Spartiates.

D'autres les observaient avec méfiance.

Mais tous marchaient dans la même direction.

Vers le nord.

Vers les Thermopyles.

Un matin, alors qu'ils traversaient une vallée, le vétéran rejoignit Alaric.

Le vieil homme marchait toujours avec la même assurance.

Malgré son âge.

— Tu regardes les hommes.

Constata-t-il.

— Oui.

— Pourquoi ?

Alaric désigna les colonnes qui s'étendaient devant eux.

— Je pensais qu'il y aurait davantage de soldats.

Le vétéran resta silencieux quelques secondes.

Puis il répondit :

— Moi aussi.

La réponse surprit Alaric.

— Vraiment ?

— Oui.

Le vieux guerrier observa les rangs.

— Beaucoup de cités ont promis des hommes.

Peu ont envoyé ce qu'elles avaient promis

Alaric sentit un poids s'installer dans sa poitrine.

Même ici.

Même maintenant.

La Grèce restait divisée.

Puis un matin...

Ils arrivèrent enfin.

Alaric aperçut d'abord les montagnes.

Immenses.

Sombres.

Puis la mer.

Bleue.

Calme.

Presque paisible.

Et enfin...

Le passage.

Les Thermopyles.

Alaric s'arrêta.

Pendant quelques secondes, il oublia tout le reste.

Les récits.

Les livres.

Les films.

Les légendes.

La réalité était différente.

Plus petite.

Plus étroite.

Plus oppressante.

La montagne semblait écraser le chemin.

La mer bloquait l'autre côté.

L'endroit ressemblait à un piège.

Un piège parfait.

— Alors c'est ici.

Murmura Nikandros.

Personne ne répondit.

Parce que chacun ressentait la même chose.

Ils venaient d'arriver sur le futur champ de bataille.

Les jours suivants furent consacrés aux préparatifs.

Les Grecs réparèrent les anciens murs.

Creusèrent.

Transportèrent des pierres.

Organisèrent les positions.

Préparèrent les réserves.

Les officiers étudiaient le terrain.

Les soldats s'entraînaient.

Et chaque matin...

Les éclaireurs partaient vers le nord.

Puis revenaient.

Chaque fois avec la même nouvelle.

Les Perses approchaient.

Encore.

Encore.

Encore.

Chaque jour.

Toujours plus près.

La tension augmentait.

Même les hommes les plus confiants commençaient à le sentir.

Puis un soir...

Un cavalier apparut.

Son cheval était couvert d'écume.

L'homme semblait sur le point de tomber de selle.

Dès son arrivée, plusieurs officiers accoururent.

Léonidas fut prévenu.

Le camp entier observa la scène.

Personne ne parlait.

Parce que tout le monde comprenait.

Cette fois, quelque chose avait changé.

Le lendemain matin.

Avant même le lever du soleil.

Alaric fut réveillé par Nikandros.

— Debout.

— Pourquoi ?

— Viens.

Le ton du Spartiate ne laissait aucune place à la discussion.

Ils quittèrent le camp.

Accompagnés du vétéran.

Puis gravirent une petite hauteur rocheuse.

Une dizaine d'autres soldats s'y trouvaient déjà.

Tous regardaient vers le nord.

Tous.

Alaric suivit leur regard.

Au début, il ne vit rien.

Puis...

Il aperçut la poussière.

Une immense traînée grise.

À l'horizon.

Puis des reflets.

Des milliers.

Peut-être des dizaines de milliers.

Le soleil se reflétait sur les armes.

Sur les armures.

Sur les pointes de lances.

Une mer de métal.

Une armée.

Non.

Quelque chose de plus grand qu'une armée.

Quelque chose qui semblait recouvrir le monde.

Le souffle d'Alaric se coupa.

Même lui.

Qui connaissait l'Histoire.

Qui savait ce qui approchait.

Même lui n'était pas préparé à cela.

Les livres n'avaient jamais réussi à transmettre cette sensation.

L'immensité.

La masse.

Le nombre.

À côté d'une telle force...

Les Grecs paraissaient minuscules.

Personne ne parlait.

Même Nikandros.

Même le vétéran.

Puis finalement...

Le Spartiate murmura :

— Par tous les dieux...

Le vétéran resta silencieux.

Longtemps.

Puis il dit simplement :

— Voilà donc l'ennemi.

Au loin...

L'armée perse continuait d'avancer.

Inlassablement.

Comme une tempête impossible à arrêter.

Et pour la première fois depuis son arrivée dans ce monde...

Alaric comprit réellement pourquoi les Thermopyles étaient devenues une légende.

Parce qu'en voyant cette armée...

Aucun homme raisonnable n'aurait cru que quelques milliers de Grecs pouvaient lui résister.

Pourtant...

C'est exactement ce qu'ils s'apprêtaient à tenter.

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